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Suliman Baldo : « Le Soudan et l’Ethiopie sont les deux hommes malades de la Corne de l’Afrique »

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Suliman Baldo en mai 2007 à New York, aux Etats-Unis. Suliman Baldo en mai 2007 à New York, aux Etats-Unis.

Né au Soudan, Suliman Baldo est analyste pour The Sentry, une équipe d’investigation de Washington, qui piste l’argent sale lié aux criminels de guerre et aux profiteurs de guerre en Afrique. Il a travaillé en République démocratique du Congo et dans des pays de la Corne de l’Afrique, et étudié les questions de politique et des droits humains à l’échelle du continent, au sein de Human Rights Watch, de l’International Crisis Group et à l’International Center for Transitional Justice .

Depuis le coup d’Etat au Soudan, le 25 octobre, le mouvement contestataire subit une violente répression. En Ethiopie, la guerre civile menace de dégénérer. Qui est l’homme malade de la Corne de l’Afrique : le Soudan ou l’Ethiopie ?

Les deux sont malades, mais pour des raisons différentes. Le mal du Soudan vient essentiellement de l’armée régulière, qui a surtout combattu les civils par le biais de punitions collectives s’exerçant contre des populations dont sont issus des mouvements armés ou des groupes contestataires. Elle a aussi des ambitions politiques. Chaque fois qu’un régime démocratique a été établi, l’armée l’a renversé par un coup d’Etat. Les Soudanais, qui sont très attachés à la démocratie, ont dû se soulever à trois reprises depuis l’indépendance, en 1965, pour se débarrasser de ces régimes militaires, avant que ceux-ci ne s’imposent à nouveau par la force quelques années plus tard.

Le mouvement populaire actuel a-t-il des chances de réussir ?

C’est un mouvement organisé, motivé, attaché au principe de la résistance pacifique. Ainsi, les « marches du million » [de personnes] démarrent à la même heure dans toutes les villes, répondent aux mêmes appels, avec des demandes très claires. La contestation est coordonnée par des jeunes gens, via les réseaux sociaux, selon une organisation non hiérarchique, horizontale, difficile à étouffer.

N’est-on pas sur le point d’atteindre les limites de cette forme de contestation et de voir des manifestants passer à la lutte armée ?

C’est une possibilité. Le régime d’Abdel Fattah Al-Bourhane [à la tête de la junte] ne dispose d’aucune base populaire, politique ou sociale. Il s’appuie sur des alliés hétéroclites : des loyalistes du régime d’Omar Al-Bachir [dictateur à la tête du pouvoir islamiste, pendant trente ans, renversé en 2019], d’ex-mouvements armés de la région du Darfour, et les militaires qui veulent exercer ce qu’ils estiment être leur droit divin à gérer le pays. Ce groupe ne peut se maintenir au pouvoir qu’en employant une force extrême. Face à la férocité de la répression, le risque est donc réel que le mouvement pacifique devienne violent. J’espère que ce n’est pas inéluctable. Les jeunes sont conscients que les révoltes populaires pacifiques ont plus de chances de réussir contre les dictatures que la résistance armée.

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