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Mort de migrants dans la Manche : Gérald Darmanin critiqué, l’opposition dénonce une « honte » et un « drame de l’inhumanité »

Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, à Calais, le 24 novembre 2021. Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, à Calais, le 24 novembre 2021.

« Honte », « drame de l’inhumanité », nécessité d’« accueillir dignement »… Les représentants des partis d’opposition ont porté, jeudi 25 novembre, un regard critique sur l’action du ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, au lendemain du naufrage d’une embarcation d’exilés qui a fait au moins vingt-sept morts dans la Manche.

Interrogé au micro de RTL, le locataire de la Place Beauvau a fait valoir que « la France essa[yait] d’être humaine dans cette histoire », rappelant que « l’Etat français a relogé 12 000 personnes depuis janvier et distribue 2 200 repas par jour ». Pour lui, la priorité pour l’Etat doit être de lutter contre les passeurs, qui fonctionnent désormais comme des « organisations mafieuses », qui « relèvent du grand banditisme », avec l’utilisation notamment de « téléphones cryptés ». « Depuis le 1er janvier, nous avons arrêté 1 500 passeurs », a assuré M. Darmanin, jeudi.

« Travailler ensemble »

Parlant d’un « problème international », en partie lié à « l’attractivité du marché du travail britannique », le ministre a enjoint aux pays frontaliers de prendre leur part dans la lutte contre les passeurs. « La France doit arrêter d’être la seule à lutter contre les passeurs », a-t-il dit. Il y a des « associations de malfaiteurs » en Belgique, en Allemagne et en Angleterre, a affirmé le ministre, soutenant que les pays devaient travailler « ensemble » sur ce sujet :

« Nous disons à nos amis belges, allemands et britanniques de nous aider. (…) La France expulse 20 000 personnes par an, l’Angleterre seulement 6 000. »

Par ailleurs, le ministre de l’intérieur a fait savoir qu’une cinquième personne soupçonnée d’être un passeur en lien avec le naufrage de la veille avait été arrêtée dans la nuit de mercredi à jeudi. Quatre passeurs présumés avaient été arrêtés, mercredi en fin d’après-midi, également suspectés d’avoir un lien avec la tragédie. Selon M. Darmanin, le cinquième passeur arrêté cette nuit avait « une plaque d’immatriculation allemande » et avait « acheté des Zodiac en Allemagne ».

Lire le récit : Article réservé à nos abonnés Après la mort de 27 migrants dans un naufrage au large de Calais, la colère des associations

« Dignité »

La veille, l’eurodéputée écologiste Karima Delli avait tancé le ministre de l’intérieur, pointant sa responsabilité dans la mort des migrants dans la Manche. « Voilà le résultat de la politique de fermeté de Darmanin. Honte sur nous. Combien faudra-t-il de drames avant que le gouvernement n’agisse ? », s’était-elle agacée sur le réseau social Twitter, avant d’enchaîner : « On n’a pas besoin des fausses larmes de crocodile, on veut une politique d’accueil digne. »

De son côté, le député La France insoumise Adrien Quatennens a évoqué une « tragédie terrible » sur BFM-TV, critiquant avec véhémence l’action de M. Darmanin. « Aucune difficulté ne justifie qu’on maltraite les personnes exilées. On n’est pas obligé de lacérer des tentes », a-t-il dit, faisant notamment référence à un rapport publié en octobre par l’organisation non gouvernementale (ONG) Human Rights Watch (HRW). « On n’est pas obligé de confisquer à des enfants leurs jouets et aux parents leurs effets personnels. On peut et on doit traiter les gens humainement », a encore ajouté le député « insoumis ».

Interrogé sur France 2, le député de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel (La France insoumise, LFI), s’est également attaqué au ministre de l’intérieur, disant que « M. Darmanin était fier de mettre 1 000 personnes à la rue à Grande-Synthe il y a quelques jours ». « C’est un drame de l’inhumanité, pas de la fatalité », a aussi estimé Laurent Berger, secrétaire général de la Confédération française démocratique du travail (CFDT). « Il ne faudra jamais qu’on s’habitue avec ces drames, j’ai de la tristesse, de l’indignation et de la colère », a déclaré le syndicaliste dans l’émission « Télématin », avant d’enchaîner :

« Les migrants aux alentours de Calais ne sont pas accueillis en termes d’hébergement, d’accueil, de respect des droits fondamentaux. Ils fuient des situations impossibles dans leur pays, ils ne sont pas là par plaisir, mais pas obligation. Ce n’est pas en dressant des murs, en cachant la misère qu’on y arrivera. »

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés A Calais, Etat et associations s’opposent sur la question du démantèlement systématique des camps de migrants

« Instrumentalisation de la question migratoire »

Dénonçant « les larmes de crocodile de certains dirigeants européens », « comme Boris Johnson », M. Berger a par ailleurs estimé que « l’instrumentalisation de la question migratoire » en France était « indigne ». Une position partagée par M. Coquerel, jugeant qu’« il faut faire en sorte de combattre l’idée de la vague migratoire qui déstabiliserait notre économie ». Pour la présidente socialiste du conseil régional d’Occitanie, Carole Delga, « il y a des responsabilités politiques quand on caricature l’immigration » , a-t-elle estimé au micro de Sud Radio.

Selon Eric Coquerel, « si on veut éviter le chaos et que les migrants soient soumis aux passeurs », il faut des « centres d’accueil dignes ». Aussi, il est nécessaire de « laisser les associations accueillir dignement, [de] revoir les politiques de visa, et [de] se mettre autour de la table pour avoir une politique migratoire européenne », selon le leader syndical.

Pour l’ancien premier ministre de droite Jean-Pierre Raffarin l’urgence est de « dissuader les passeurs de conduire à la mort autant de gens avec cette cruauté inacceptable pour nous ». Pour cela, « la priorité, c’est un plan contre la criminalité du passage » et de demander « à revoir les accords du Touquet avec une plus grande implication des britanniques dans l’action commune pour protéger la frontière ».

Il est impératif de « dénoncer les mauvais accords du Touquet », a insisté le député LFI Adrien Quatennens, qui estime qu’il « faut agir vite sinon cela va se reproduire ». « Pour ne pas abandonner les personnes exilées aux mains des passeurs, il faut une voie de migration légale vers le Royaume-Uni », a également proposé l’élu du Nord.

Les tentatives de traversées de la Manche à bord de petites embarcations ont doublé ces trois derniers mois, avait récemment mis en garde le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, Philippe Dutrieux. En date du 20 novembre, 31 500 personnes avaient quitté les côtes depuis le début de l’année et 7 800 migrants avaient été sauvés. Une tendance qui n’a pas baissé malgré les températures hivernales. Selon Londres, 22 000 migrants ont réussi la traversée sur les dix premiers mois de l’année.

« La France ne laissera pas la Manche devenir un cimetière », avait réagi, mercredi, Emmanuel Macron, réclamant « une réunion d’urgence des ministres européens ». Lors d’un entretien dans la soirée, MM. Johnson et Macron sont « convenus de l’urgence d’intensifier les efforts conjoints pour empêcher ces traversées mortelles », selon un porte-parole de Downing Street. Ainsi, le premier ministre, Jean Castex, devait-il tenir, jeudi matin, une réunion interministérielle à ce sujet entouré par plusieurs de ses ministres.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés « Les accords du Touquet permettent à Londres de se soustraire à son devoir d’asile. Le Brexit les a rendus obsolètes »

Le Monde avec AFP

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