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Les corbeaux confrontés à la peur de la nouveauté

Zoologie. La curiosité est un vilain défaut. Chez les animaux, elle peut même s’avérer dangereuse, voire mortelle. Avaler une substance inconnue ou s’approcher d’un objet indéterminé présentent des dangers évidents. Mais, à l’inverse, l’audace peut conduire à élargir une niche écologique, apporter de nouvelles ressources et même développer les capacités cognitives d’un individu. Dans une période de grande menace pour la faune, l’enjeu apparaît majeur. Si bien qu’à travers le monde, de nombreux zoologistes étudient ce qu’ils nomment la néophobie, la peur de la nouveauté.

Cette propriété semble presque universellement présente dans le règne animal. Mais les observations des chercheurs étaient restées jusqu’ici essentiellement monographiques, à l’exception de quelques comparaisons entre couples d’espèces, ou encore deux études de plus grande ampleur sur les perroquets et sur les ongulés. L’équipe de Nicola Clayton, à l’université de Cambridge, a entrepris de mettre dix espèces de corvidés au banc d’essai, de la pie bleue à calotte noire au grand corbeau, en passant par la corneille noire, le geai des pinèdes ou encore le corbeau de Nouvelle-Calédonie, prince incontesté du maniement d’outils. Pourquoi ces sombres volatiles ? « Les corbeaux sont réputés à la fois très néophobiques et très intelligents », explique Rachael Miller, chercheuse dans l’équipe de Nicola Clayton et première signataire de l’étude, parue le 18 novembre, dans la revue Current Biology.

Corbeau d’Hawaï ou alala utilisant un bâton pour atteindre sa nourriture. Corbeau d’Hawaï ou alala utilisant un bâton pour atteindre sa nourriture.

Pour conduire cette entreprise, l’équipe britannique a eu recours à dix laboratoires, dans autant de pays, tous disposant de groupes d’animaux vivant en captivité. Chacun a recruté une vingtaine de volatiles et les a invités à passer à table, mais dans deux situations distinctes : soit leur nourriture habituelle leur était offerte seule, soit elle était accompagnée d’un autre aliment, nouveau celui-là, ou alors d’un objet inconnu. Comme attendu, toutes ont marqué une hésitation avant d’aller festoyer, un effet plus marqué avec l’objet qu’avec l’aliment imprévu. A la deuxième présentation, même temps de latence. Mais dès la troisième présentation, les oiseaux se rapprochent ou retrouvent leur rythme de croisière. Prudents, donc, mais pas idiots.

Facteurs sociobiologiques

Surtout, tous n’ont pas marqué un temps de latence de même durée. Face à un objet nouveau, le alala, rarissime corbeau d’Hawaï, est le plus hésitant. A l’autre bout du spectre, le corbeau à gros bec, répandu à travers l’Asie jusque dans les villes, marque à peine l’arrêt. Pourquoi ces différences ? Profitant de la variété des profils, les chercheurs ont examiné l’importance des « facteurs sociobiologiques » de chacune des espèces. Conclusion : vivre dans un environnement urbain, avoir l’habitude de cacher sa nourriture, ou encore appartenir à une structure familiale élargie ou à un groupe social de grande taille rendent les espèces moins néophobes. Des résultats assez attendus, en vérité. Les scientifiques pensaient en revanche que le régime alimentaire (chasseurs ou charognards), la situation géographique (île ou continent) ou encore le taxon d’origine (le genre Corvus, avec les corbeaux et les corneilles, contre les autres, geais, pies et autres casse-noix) pourraient avoir leur importance. L’étude ne l’a pas confirmé.

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