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« Ils veulent se montrer, gagner des dollars, changer le cours de leur vie » : les gladiateurs africains du MMA

Par Boris Thiolay

Publié aujourd’hui à 01h38

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ReportageAu Sénégal, où la lutte avec frappe à mains nues est une discipline ancestrale, de nombreux jeunes issus de milieux modestes rêvent d’un avenir professionnel dans les « mixed martial arts », un sport de combat bien plus violent.

Sur la plage de Yoff, où s’ébrouent des baigneurs et des pélicans indolents, Alois Sambo, 23 ans, et ses quatre camarades ruissellent de sueur. Il fait encore 32 °C, en cette fin d’après-midi d’automne. Fidèles à leur rendez-vous quotidien, les jeunes hommes se retrouvent en bord de mer, comme des milliers de sportifs dakarois, pour courir, sauter à la corde et faire des pompes, jusqu’à la tombée de la nuit. Le dimanche suivant, revoici le même groupe, mais cette fois dans la moiteur du dojo Samado, aménagé dans une école primaire, au cœur de la capitale sénégalaise. Ils enchaînent coups de pied hauts, crochets et empoignades fracassantes, sous le contrôle de leur entraîneur de mixed martial arts (MMA), le sport de combat le plus spectaculaire et le plus médiatisé à l’échelle planétaire. Le plus violent, aussi.

Alois Sambo et ses deux amis se préparent à commencer un entraînement sur la plage de Yoff, à Dakar, le 24 octobre 2021. Alois Sambo et ses deux amis se préparent à commencer un entraînement sur la plage de Yoff, à Dakar, le 24 octobre 2021.

Silhouette sculpturale, Alois, 1,88 mètre pour 95 kg de muscles, est l’un des membres les plus prometteurs de la bande. Il a pourtant été formé dans son enfance à un autre art martial, ancien et très spécifique : le lamb (« lutte avec frappe à mains nues » en wolof), véritable sport national au Sénégal, avec le foot. Garde du corps de métier, actuellement sans emploi, Alois a quitté son village de Casamance il y a trois ans pour s’installer à Dakar. Il compte déjà trois combats amateurs en MMA – une victoire, un nul, une défaite –, mais il a d’autres ambitions, et un rêve : devenir professionnel chez les poids lourds, compter parmi ces fighters couverts de gloire et de dollars, qui disputent dans une cage octogonale des combats visionnés en direct sur Internet par des millions de fans, en pay-per-view. « Avec le MMA, on peut vraiment s’en sortir et faire bien vivre toute sa famille », souligne le jeune homme, dans un grand sourire communicatif.

Alois Sambo, 23 ans, 1,88 mètre pour 95 kg, pose dans la salle de sport de l'immeuble Kebe, dans le centre-ville de Dakar, le 24 octobre 2021. Alois Sambo, 23 ans, 1,88 mètre pour 95 kg, pose dans la salle de sport de l'immeuble Kebe, dans le centre-ville de Dakar, le 24 octobre 2021.

Depuis trois ans, un vent de folie souffle sur le Sénégal. Par centaines, des lutteurs font leur « transition » vers le MMA, passant d’une discipline traditionnelle où ne sont autorisés que le corps à corps et les coups de poing à mains nues, en position debout, à un art martial intégrant les coups de pied, les coups de genou et la lutte au sol. Autre différence : dans le lamb, le match s’arrête dès qu’un des deux adversaires tombe sur le dos, se retrouve à quatre pattes ou est projeté hors du cercle rituel ; en MMA, où les combattants sont équipés de gants laissant les doigts libres pour assurer les prises, le duel se termine souvent à terre, avec des frappes, des étranglements et des techniques de « soumission ». Les lutteurs sénégalais doivent donc assimiler toute une panoplie de coups et de techniques destinés à mettre l’adversaire hors de combat.

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