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Coupe du monde 2022 : « Le choix du Qatar a été une grande erreur »

Sepp Blatter, à Zurich, le 29 mai 2015. Sepp Blatter, à Zurich, le 29 mai 2015.

A un an de la tenue de la Coupe du monde 2022 au Qatar, l’ex-président de la Fédération internationale de football (FIFA), Sepp Blatter, 85 ans, assure dans un entretien au Monde que, « sans l’intervention au dernier moment de [Nicolas] Sarkozy sur [Michel] Platini, le Qatar n’aurait jamais eu la Coupe du monde ».

Le 2 décembre 2010, que vous dites-vous en ouvrant l’enveloppe qui renferme le nom du pays hôte du Mondial 2022 ?

Je suis déçu que ce soit le Qatar qui sorte. Mais je m’y attendais, au vu des derniers développements, notamment le fait d’avoir été averti par Michel Platini [alors président de l’UEFA] que je ne pourrais plus compter sur lui et trois de ses compagnons concernant le gentlemen’s agreement [« accord informel »] que nous avions eu et en vertu duquel le Mondial 2018 irait à la Russie et l’édition 2022 aux Etats-Unis.

Onze ans après ce vote, avez-vous des regrets ?

On a des regrets mais on ne peut pas changer l’histoire. Nous aurions dû donner le résultat du scrutin d’attribution du Mondial 2018 [à la Russie, le 2 décembre 2010] avant d’organiser le vote pour l’édition de 2022. Ce dernier résultat aurait été différent. Les Européens qui soutenaient le tandem Espagne-Portugal pour 2018 avaient conclu un accord avec le Qatar pour voter en faveur de l’émirat pour 2022. S’ils avaient vu que la Russie avait gagné, cet accord ne tenant plus, ils auraient décidé de voter dans la foulée pour un autre pays que le Qatar.

Quels sont les éléments qui ont fait pencher la balance en faveur du Qatar ?

Les Etats-Unis n’avaient pas besoin de faire du lobbying politique. Les seuls qui avaient besoin de le faire étaient les Qataris. Ils ont joué la carte française. Sarkozy a invité Platini à les rejoindre à la fin d’un déjeuner [le 23 novembre 2010] à l’Elysée auquel participait le prince héritier Tamim. Platini m’a appelé le lendemain matin pour me dire : « Tu ne peux probablement plus compter sur moi et mes voix car le chef de l’Etat a demandé si je pouvais soutenir le Qatar. » Puis il me demande : « Qu’aurais-tu fait, toi ? » J’ai répondu que, si le président suisse me demandait ça, je resterais sur mon choix sportif.

Lire aussi Mondial de football 2022 au Qatar : chape de plomb sur un déjeuner à l’Elysée en 2010

J’en ai, bien sûr, voulu à Platini. On a refait les comptes, on a vu que quatre voix allaient manquer. Cela fut un grand un handicap. J’ai senti l’Afrique hésitante ; elle n’a plus été partisane des Etats-Unis au dernier moment. L’Europe a clairement fait pencher la balance.

Pourquoi la FIFA a-t-elle autorisé la candidature du Qatar ?

Il n’y avait pas une grande interrogation sur l’organisationnel. Elle portait davantage sur la taille du pays, trop petit, et sur les dates du tournoi. Le médecin belge Michel D’Hooghe [membre du comité exécutif de la FIFA], dont le fils a obtenu par la suite un poste mirobolant dans une clinique du Qatar, disait qu’il fallait faire attention à la santé des joueurs et était contre le fait de jouer en été car il fait trop chaud. Je ne sais pas combien de personnes ont lu le rapport d’évaluation des candidatures. J’étais persuadé que le danger qatari ne viendrait pas troubler notre accord de principe Russie-Etats-Unis.

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